
Le 2 avril 2026, je rallume la caméra avec une sensation très nette : le temps n’a rien d’abstrait. Il a un poids, une densité, parfois même une brutalité. Il y a un an, j’avais pris mes distances avec l’actualité, que je jugeais devenue trop toxique pour être encore pensée lucidement. J’avais choisi de respirer ailleurs, de faire un pas de côté, presque un pas dans l’herbe, pour ne pas me laisser engloutir par la boue médiatique. Et pourtant, me revoilà.
Pourquoi revenir ? Parce qu’un accident récent m’a rappelé avec une clarté sans appel que nos vies sont comptées. Et parce que, malgré tout, demeure en moi cette vieille nécessité : comprendre le monde, puis partager cette tentative de compréhension. Non pas pour distribuer des vérités prêtes à consommer, comme des plats sous cellophane intellectuelle, mais pour mettre des mots sur le vertige, sur la colère, sur l’inquiétude, parfois même sur l’espérance.
Ce vlog n’a jamais été un simple commentaire de l’actualité. Il a toujours été davantage : un poste d’observation, une forêt mentale, une cabane de résistance intérieure depuis laquelle j’essaie de regarder notre époque sans anesthésie. Le numéro 75 n’est donc pas un épisode ordinaire. C’est un retour, oui, mais c’est aussi un seuil. Une reprise de parole qui porte en elle un constat : nous sommes entrés dans une phase plus dure, plus instable, plus dangereuse de notre histoire récente.
Résumé du vlog #75
Dans ce vlog de reprise, je reviens après une année de distance avec l’actualité. Deux raisons motivent ce retour : un accident personnel qui m’a rappelé la fragilité du temps, et le besoin intact de comprendre le monde pour mieux en parler. J’y pose plusieurs constats : le rétrécissement, à mes yeux, de la liberté d’expression en France ; l’aggravation des conflits internationaux, notamment autour d’Israël, des États-Unis et de l’Iran ; la centralité du pétrole et du dollar dans la logique de confrontation mondiale ; l’enlisement de l’Europe dans une pente de déclassement économique et social ; et, enfin, la volonté de faire du vlog un lieu de parole libre désormais aussi diffusé sur millau.tv. Cet épisode n’épuise aucun sujet : il ouvre un nouveau cycle.
Historique du vlog de matetleweb.com : de la forêt au retour
Ce retour n’a de sens que si je le replace dans une histoire plus longue. Le vlog de matetleweb.com, au départ, c’était Mat into the Forest : une prise de parole née en octobre 2023 dans le sillage du choc pandémique, de la montée des tensions géopolitiques et d’un sentiment de brouillard généralisé. J’y ai d’abord parlé comme on jette une bouteille à la mer : avec une colère brute, un besoin de comprendre, et cette intuition que quelque chose de fondamental s’était déréglé dans notre rapport au réel.
Très vite, le vlog est devenu plus qu’une suite de capsules. Il a pris la forme d’une quête personnelle et critique. J’y ai mêlé pandémie, guerre, intelligence artificielle, manipulations médiatiques, spiritualité, effondrement moral de l’Occident, mais aussi recherche de sens. Le principe restait simple : observer le monde depuis une position volontairement décentrée, loin du studio, loin du jargon, loin de la meute.
Au fil des épisodes, quelque chose a pourtant évolué en moi. Après des dizaines de capsules consacrées à l’actualité, à ses mensonges, à ses violences, à sa dimension hypnotique, j’ai fini par heurter un mur. J’ai compris que l’information permanente pouvait devenir une pollution de l’âme. J’ai alors décidé de m’éloigner de ce matériau devenu trop toxique pour retrouver une forme de respiration intérieure. Cette bifurcation a aussi ouvert une autre dimension du vlog : plus spirituelle, plus contemplative, plus attentive à ce qui, dans le chaos, pouvait encore annoncer une lumière possible.
Et c’est précisément parce que ce chemin a existé que ce retour, aujourd’hui, n’est pas un simple retour en arrière. Je ne reprends pas le vlog comme on rallume une vieille machine. Je le reprends après une traversée. Avec un peu moins d’illusions, sans doute. Mais avec plus de netteté.
Pourquoi je reviens maintenant
Je reviens parce qu’il y a des moments où se taire devient une manière de consentir. Pas toujours. Le silence peut être noble. Il peut être un refuge, une discipline, une nécessité vitale. Mais il peut aussi devenir une abdication. Et je sens très clairement que nous approchons d’un moment où la parole libre, même fragile, même imparfaite, devra compter davantage.
Dans mes premiers vlogs, j’avais évoqué cette sensation d’évoluer à la frontière de la liberté d’expression. Aujourd’hui, cette frontière me semble se resserrer. Le climat intellectuel change. Les mots deviennent surveillés. Les indignations sont hiérarchisées. Certaines douleurs ont droit de cité, d’autres non. Certaines critiques sont permises, d’autres bientôt assimilées à une faute morale, voire politique. À mes yeux, ce n’est jamais bon signe. Lorsqu’un régime commence à trier les colères légitimes, il prépare rarement un printemps.
« J’avais le sentiment d’évoluer à la frontière de la liberté d’expression. Cette frontière est en train de tomber. »
Je reviens aussi parce que je refuse de laisser le monde à ceux qui l’expliquent avec des slogans. Il y a trop de paresse intellectuelle dans l’air, trop de morale automatique, trop de commentaires prêts-à-penser. Or nous vivons une époque qui exige tout l’inverse : de la profondeur, du temps long, de la mémoire, une capacité à relier les faits à des structures, et les structures à des intérêts. Sinon, on prend les remous pour des causes, et les causes pour des fatalités.
Ce que je vois dans ce début de 2026
Une guerre qui dépasse les manchettes
À mes yeux, l’un des grands angles morts de notre époque, c’est la façon dont les conflits sont encore racontés comme des épisodes isolés, alors qu’ils sont les manifestations d’une lutte systémique beaucoup plus vaste. La guerre n’est pas seulement militaire. Elle est monétaire, énergétique, psychologique, informationnelle.
Je le redis comme je le pense : la question du pétrole et celle du dollar restent centrales. Tant que l’ordre mondial repose sur cette architecture, l’empire américain ne peut pas regarder sans réagir la montée de puissances concurrentes capables de contourner ou d’affaiblir son monopole. Les BRICS, les transactions hors dollar, la recomposition géoéconomique du monde : tout cela n’est pas décoratif. C’est la trame profonde du théâtre.
Quand j’observe la confrontation autour de l’Iran, je n’y vois donc pas seulement un épisode régional ou une crispation idéologique. J’y vois une ligne de fracture mondiale. Et je vois aussi, derrière les discours moraux, des intérêts autrement plus lourds que les proclamations de circonstance. Les empires parlent toujours de principes quand ils défendent d’abord des structures de domination. C’est une vieille habitude humaine : maquiller le couteau avec des gants blancs.
Israël, les États-Unis et la faillite du droit
Dans ce vlog, je dis des choses dures, parce que la période est dure. Je parle de crimes atroces, de barbarie, d’un effondrement manifeste du droit international. Je parle aussi d’Israël et des États-Unis avec une radicalité qui m’appartient, parce que je considère que ce qui se joue aujourd’hui dépasse la simple realpolitik ordinaire. C’est mon point de vue, et je l’assume comme tel.
Mais je tiens à rappeler une chose essentielle, qui compte pour moi : critiquer un gouvernement n’est pas condamner un peuple. J’exprime clairement mon soutien à tous les Israéliens qui, en Israël ou ailleurs, refusent la dérive fanatique et ultraviolente de leur pouvoir politique. Il faut toujours maintenir cette distinction. Sans cela, on tombe dans la même boue que ceux qu’on prétend dénoncer.
« Le peuple juif est un grand peuple, avec une grande histoire. Et il mérite vraiment mieux que cela. »
L’Europe entre déclassement et somnambulisme
Je vois aussi une Europe qui avance comme un promeneur au bord d’une falaise, absorbé par son téléphone. Tout augmente, ou va augmenter : l’énergie, les biens courants, l’alimentation, le coût général de la vie. Ce n’est pas seulement une question de statistiques ou de pouvoir d’achat. C’est le socle matériel des sociétés qui se fragilise.
Or quand les bases matérielles se dérobent, les discours officiels deviennent vite des rideaux trop fins. Les tensions sociales montent. Les colères s’éparpillent. Les peuples s’usent. Et les gouvernements, souvent, répondent par davantage de communication, davantage de contrôle, davantage d’injonctions morales. Bref : ils arrosent l’incendie avec un bidon d’essence, puis s’étonnent du résultat.
Je crois que nous entrons dans une phase où les troubles de l’ordre public, les fractures sociales et les secousses économiques vont se conjuguer. Pas nécessairement sous la forme spectaculaire que l’on fantasme, mais par une série de désajustements brutaux. Le quotidien va devenir plus dur, plus cher, plus nerveux. Et les sociétés occidentales, habituées à la mollesse matérielle comme une vache à son pré, vont découvrir que l’histoire n’a jamais signé de clause de confort.
Le gouffre des illusions
Il y a dans ce retour une image que je veux conserver, parce qu’elle dit quelque chose de plus profond que le commentaire politique. J’emprunte à Philippe Guillemant cette idée selon laquelle l’humanité traverse aujourd’hui un gouffre des illusions. Cette formule me parle parce qu’elle relie le tragique et le dépassement.
« L’humanité est en train de s’enfoncer dans le gouffre des illusions. Ce gouffre, il va falloir le traverser avant de remonter. »
Je n’ignore rien de la noirceur du moment. Je ne suis pas dans le déni, ni dans la consolation en kit. Mais je refuse aussi l’enfermement définitif dans la seule colère. La barbarie existe. L’injustice existe. La manipulation existe. Pourtant, si l’on ne veut pas devenir soi-même une simple réaction à ce qu’on déteste, il faut conserver en soi un point d’altitude. Une ligne intérieure. Une fidélité à quelque chose de plus haut que le vacarme.
Le retour du vlog se situe exactement là : à l’intersection de la critique et de la quête. Il ne s’agit ni de se dissoudre dans la spiritualité vague, ni de s’abîmer dans l’obsession géopolitique. Il s’agit d’essayer de penser les deux ensemble : l’état du monde, et l’état de l’âme dans ce monde.
Ce que je veux faire de ce nouveau cycle
Le vlog #75 est un épisode de reprise. Il n’a pas vocation à tout développer. Il annonce plutôt une méthode : y aller pas à pas, sujet par sujet, en prenant le temps de poser les enjeux. J’aurai l’occasion de revenir sur les dossiers Epstein, sur Donald Trump, sur l’Iran, sur l’Europe, sur l’économie du chaos, sur les impasses de nos démocraties exténuées. Mais je veux le faire sans précipitation, avec la volonté de bâtir un fil cohérent plutôt qu’un simple empilement de réactions.
Je veux aussi que ce vlog retrouve une fonction simple : être un lieu de conversation avec ceux qui me lisent, m’écoutent, me regardent. Pas une chapelle. Pas un tribunal. Pas une machine à fabriquer du campisme. Un espace de parole. Une tentative de lucidité. Un travail artisanal de pensée en temps troublés.
Et puis il y a une autre étape importante : désormais, le vlog de matetleweb.com sera aussi diffusé sur millau.tv. J’y vois plus qu’un simple relais de diffusion. J’y vois une continuité logique : relier une parole critique sur le monde à un ancrage territorial, humain, local. Car on pense toujours depuis quelque part. Depuis un corps, un lieu, un paysage, une fatigue, une histoire.
« Le vlog de matetleweb.com va maintenant être également diffusé sur millau.tv. »
Conclusion : reprendre la parole, malgré tout
J’ai repris ce vlog parce qu’il reste, malgré toutes ses limites, une forme de nécessité. Une manière de tenir debout. Une manière de ne pas laisser l’époque parler seule. Je ne prétends pas être neutre. Je ne prétends pas être au-dessus de la mêlée. J’essaie simplement d’être lucide, de rester fidèle à ce que je vois, et de ne pas trahir ce que je sens.
Le monde qui vient sera rude. Peut-être l’est-il déjà plus que beaucoup ne veulent l’admettre. Mais je crois encore qu’il faut parler, écrire, relier, transmettre. Non pour avoir le dernier mot, mais pour ne pas laisser les mots décisifs à ceux qui fabriquent le brouillard.
Je reprends donc le fil. Avec gravité, oui. Avec colère parfois. Avec prudence aussi. Mais je le reprends. Parce que le silence peut sauver un homme un temps, tandis que la parole, elle, peut encore sauver une conscience.
Et dans cette époque qui confond si souvent l’obéissance avec la vertu, cela me paraît déjà beaucoup.
Citations clés à mettre en avant
« Mon temps est compté. »
« La frontière de la liberté d’expression est en train de tomber. »
« L’humanité est en train de s’enfoncer dans le gouffre des illusions. »
« Le vlog de matetleweb.com va maintenant être également diffusé sur millau.tv. »
« L’ironie de l’histoire est qu’aujourd’hui, le seul espoir pour l’Europe et la France, c’est la Russie. »
